Les opinions qui s’affrontent autour de la fin de vie s’inspirent de deux conceptions de la morale : la morale de la volonté — individuelle ou collective — ou bien la morale de l’intelligence. Aujourd’hui, la tendance est à la sacralisation de la volonté toute-puissante. Comme un enfant, il s’agit de se croire tout-puissant pour échapper à l’angoisse de la vulnérabilité.

Comme en témoignent les passions déchaînées par des situations comme celle de Vincent Lambert, nous avons tous le souci de ce qui est bon et juste. Pour les uns, il est bon et juste de maintenir Vincent Lambert en vie, par la nourriture et l’hydratation qu’il reçoit. Pour les autres, il serait bon et juste de cesser ces soins qui le maintiennent en vie. La virtualisation de nos échanges fait que nous ne parlons plus avec des personnes dont l’humanité est là, sous nos yeux. Nous exposons au monde entier notre avis catégorique, et nous combattons ensuite avec véhémence tous ceux qui mettent en péril notre ego en rejetant notre avis. Au-delà de ces crispations affectives qui affectent tout le monde, il peut être utile de discerner les grandes postures morales qui s’affrontent en un duel qui semble interminable.

Le bien absolu ou le bien préférable ?

Ce qui est commun à toute recherche morale, c’est le souci du bien qui l’anime. Il n’y a de souci moral que parce que nous savons que le bien n’est pas simplement l’utile (sans quoi la morale se réduirait à l’économie) ni simplement ce qui nous plaît. Mais le bien n’est pas une simple idée, car il ne semble rien y avoir dont on puisse dire : « ceci est le bien absolu ». Nous sommes donc, fréquemment, dans le registre de la préférence : préférer la mort à la souffrance, ou la souffrance à la mort. Préférer la liberté à l’égalité, ou l’égalité à la liberté… Préférer, c’est refuser de se situer dans une logique trop binaire, comme si nous n’avions le choix qu’entre le bien et le mal. Préférer laisser mourir Vincent, ou préférer le maintenir en vie. Les deux options peuvent paraître préférables. Que préférer entre la fin de la souffrance et la vie ?

 

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