Les idées reçues ont la vie dure. Ainsi, il est admis que l'hiver est la saison la plus dure pour les sans-abri. Or, il s'avère que la mort les frappe davantage durant les mois d'été.

À l’approche de l’hiver, les sans-abri nous interpellent davantage. Chaque année, le même scénario se répète : à mesure que la température extérieure baisse, s’accroît par concomitance la sollicitude pour les SDF. Dès le 1er novembre, le plan hiver entre en action. Sous la pression des associations, les pouvoirs publics augmentent la capacité d’hébergement des personnes à la rue. En décembre, le plan « grand froid » est actionné avec l’arrivée des températures négatives.

 Travailleurs sociaux et bénévoles suscitent l’attention des journalistes et des politiques. Les associations caritatives enregistrent une forte demande de candidatures. Puis, à l’approche de Noël, l’empathie du grand public pour les déshérités redouble : les fêtes font contraste avec leur situation. De sorte que la solidarité est inversement proportionnelle aux chiffres affichés par le thermomètre. Nul ne s’en plaindra. Mais est-ce suffisant ?

Pas de printemps pour les sans-abri

La question est d’autant plus légitime que la galère des personnes sans-abri ne s’arrête au premier avril, avec la fin du plan hivernal. Leur misère ne fond pas comme neige au soleil avec l’allongement de la durée des jours… Pourtant, notre intérêt pour elles décroît avec l’arrivée des beaux jours. A cela s’ajoute la fermeture des structures d’accueil qui leur sont consacrées. Dans le même temps, les lieux d’hébergement éphémères, comme les gymnases, sont de nouveaux affectés à leurs activités usuelles. L’offre d’hébergement décroissant, et la demande restant toujours aussi forte, beaucoup d’exclus sont obligés de dormir dehors à l’approche du printemps.


De plus, les travailleurs sociaux qui étaient en mesure de suivre facilement les sans-abri dans les structures hivernales, et de travailler avec eux sur des projets à long terme, perdent parfois leurs traces quand arrive le printemps. Obligés de se concentrer sur une action humanitaire à effets immédiats (nourrir, abriter), les travailleurs sociaux sont contraints d’abandonner les plans d’insertion, de réinsertion et d’accompagnement sur la longue durée. La fermeture des structures d’accueil met ainsi fin à un suivi de soins et de soutien.

Retournée à la rue, la personne sans-abri perd tout le bénéfice du travail qui avait été engagé en sa faveur en période hivernale. Les interventions en urgence (alcoolisation, hospitalisation, fractures dues à des chutes) ne remplaceront jamais le suivi sur le temps long. Aussi les « beaux jours » sont-ils rarement synonymes de réjouissances pour les SDF.


 
Suite de l'article sur Aleteia
 
Aleteia