Lorsque les visions politiques ne peuvent faire l’objet de confrontation publique, rien ne permet de distinguer un programme d’une idéologie. Pour la philosophe Jeanne Larghero, notre vie sociale commune se construit sur notre capacité à débattre.

Plus grand monde ne veut débattre. Sauf les candidats qui, loin du second tour, n’ont semble-t-il pas grand-chose à perdre. En revanche, ceux qui se sentent assurés de décrocher une place en finale ne sont pas pressés de prendre des risques. Est-ce grave docteur ? Oui, pour une première raison. La confrontation d’idées est le moteur de la vie politique. Lorsque les visions politiques ne peuvent faire l’objet de confrontation orale, publique, rien ne permet de distinguer un programme d’une idéologie. Les outils de la critique sont confisqués, puisque les objections adverses n’ont pu être formulées par ceux qui les portent. La sanction du réel devient secondaire : peu importe qu’un programme soit irréaliste, tant qu’il a sa logique propre. C’est exactement à cela qu’on reconnaît une idéologie : c’est une idée qui a toujours raison. En revanche, débattre oblige à incarner ses convictions, à montrer que la vie politique n’est pas seulement affaire de théories, mais engagement humain.

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